L'océan Atlantique pollué jusqu'au fond.

Sacs plastiques, filets, déchets en verre, en métal, en bois, en papier, en carton, vêtements, poteries… et toutes sortes de matériaux non identifiés. C’est le paysage qu’offrent les fonds de l’Atlantique, de l’Arctique et de la mer Méditerranée. Et pas seulement près des rivages et des villes, mais jusqu’à 4,5 km de profondeur et en plein milieu de l’océan.

Tel est le triste bilan dressé par un article publié par la revue Plos One. Un article rédigé par des océanographes de 15 institutions scientifiques, dont l’Ifremer pour la France. Il relate les résultats d’études de terrain, réalisées avec des engins sous-marins, habités ou robotiques, lors de plusieurs campagnes d’exploration.

Les scientifiques ont ainsi analysé 32 sites sous marin et réalisé près de 600 vidéos. Si tous les sites sont pollués, les déchets se concentrent dans les canyons. Tandis que les sommets sont des lieux privilégiés pour les engins de pêche (filets, lignes) accrochés et perdus par les navires. 

Des millions de tonnes de déchets par an.

Les estimations sur ce que les hommes déversent dans les océans varient mais les quantités sont considérables. L’article évoque en référence un rapport de l’ONU selon lequel plus de 6,4 millions de tonnes de déchets sont rejetés chaque année. Mais un rapport de l’Académie des sciences américaine avançait un chiffre similaire… pour les seuls rejets de plastique des navires. Ces déchets polluent les fonds et les eaux lorsqu’ils flottent ou dérivent à différentes profondeurs, provoquent maladies et morts chez de nombreuses espèces marines (mollusques, poissons, mammifères marins, oiseaux de mer). Ils notent que les matières plastiques sont les plus abondantes, en raison de leur très longue durée de vie. Ils attaquent la vie marine par la toxicité chimique, les phénomènes d’étranglement ou la multiplication des microbilles ensuite ingérées par les animaux. A eux seuls, les plastiques constituent 41% des déchets trouvés au fond des mers, tandis que les déchets liés aux activités de pêche (lignes et les filets de pêche abandonnés) représentent quant à eux 34 % des déchets analysés. Ils sont davantage présents sur les monts marins, notamment les dorsales océaniques.

Cette étude, l’une des premières conduite à cette grande échelle démontre que cette pollution est cumulative, que la mer ne «digère» pas les déchets. Comme il est peu raisonnable d’espérer que l’on va un jour «nettoyer» les fonds marins, la simple poursuite des tendances actuelles provoquera une intensification considérable des effets de cette pollution sur le long terme. Les institutions scientifiques impliquées dans cette étude sont : Université des Açores, Portugal; Institut de Ciències del Mar (ICM-CSIC), Barcelone, Espagne; Institut norvégien de recherche sur l'eau (NIVA) Oslo, Norvège; Université de Southampton, Royaume-Uni; Institut norvégien de recherche sur l'eau Bergen, Norvège; Alfred Wegener Institut, Allemagne; Université de Barcelone, Espagne; Marine Institute de l'Université de Plymouth, Royaume-Uni; Institut néerlandais pour la recherche sur la mer (NIOZ), Les Pays-Bas; IFREMER, France; National Oceanography Centre de Southampton, Royaume-Uni; Université de Brême, Allemagne; British Geological Survey, Royaume-Uni; Groupe de travail Portugais pour l'extension du plateau continental (EMEPC), Portugal; Université de Gand, Belgique.

Les macrodéchets et les microdéchets flottants peuvent dériver très loin des côtes et se rassembler dans certaines régions des océans en raison de courants de surface.

Par Sylvestre Huet, le 2 mai 2014. Journaliste "Le Monde. fr".

Pollution oc ans

 

 

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