Un cerveau humain qui commande un autre cerveau humain, c'est possible.

Hugo Pascual, journaliste au "Monde". 10 novembre 2014.

VU SUR LE WEB. A l'université de Washington, un chercheur a dicté, par la pensée, les mouvements de la main d'un second chercheur.

 

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Le contrôle humain à distance, ce n’est plus de la science-fiction. Des chercheurs de l’université de Washington ont pu transmettre pour la première fois une information simple, directement d’un cerveau humain à un autre. L’expérience, décrite sur le site scientifique Plos One, se sert d’un dispositif «cerveau à cerveau», qui lit et analyse les informations neuronales du sujet dit «émetteur», les décode, les traduit en informations numériques, les transfert au cerveau «récepteur», et entraîne l’action désirée.

Le principe est le suivant : les deux chercheurs sont placés dans deux salles distantes, sans aucun moyen de communication. Le premier est équipé d’un bonnet couvert d’électrodes enregistrant son électroencéphalogramme (mesure de l'activité du cerveau). Le second est équipé d’une bobine de stimulation magnétique transcrânienne, placée près de la partie du cerveau qui contrôle les mouvements de sa main.

L’«émetteur» est placé face à un jeu vidéo, dans lequel il faut détruire un missile avec un tir de canon en pressant la barre espace. Quand la cible apparaît, l’«émetteur» doit alors se concentrer et imaginer le geste qu’il ferait avec sa main. L’ordinateur relié aux électrodes détecte alors les ondes émises par son cerveau afin d’exécuter cette action. Ces informations transitent via le Web jusqu’au casque du «récepteur», qui se retrouve à presser la barre espace au rythme des pulsions neurales de l’émetteur.

«C’était à la fois excitant et inquiétant de voir une action que j’avais imaginée traduite en un geste bien réel, mais par un autre cerveau que le mien», explique Rajesh Rao, «l’émetteur». Andrea Stocco, le «récepteur», décrit quant à lui le mouvement involontaire de sa main comme un «tic nerveux». Mais pour les deux chercheurs, il ne s’agit là que d’un premier pas. «La prochaine étape sera d’avoir une véritable conversation entre les deux encéphales, que la communication ne soit plus unidirectionnelle mais bidirectionnelle», poursuit Rajesh Rao.

Ce n’est pas la première expérience de communication de cerveau à cerveau mise en place. En 2013, Miguel Nicolelis et son équipe avaient réussi à relier les cerveaux de deux rats situés à plus de 6500 kilomètres. Le premier était entraîné à actionner le bon levier, désigné par une lumière, afin de recevoir une récompense. Le second n’avait pas été entraîné. L’expérience a démontré que lorsqu’il était connecté à son congénère, le rat non dressé augmentait sont taux de réussite de 14%, prouvant qu’un signal électrique émit par un cerveau peut être décodé par un autre.

Une autre expérience, hybride, avait relié un cerveau humain à celui d’un rat. L’équipe de chercheurs d’Harvard avait permis au sujet humain de contrôler la queue du rongeur uniquement par la pensée, la faisant se contracter à volonté.

 

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